“Sommes-nous voués à n’être
que des débuts de vérité?”
— René Char, Feuillets d’Hypnos
Ce vers de Char est le prélude du long voyage de l’exilé. Il sonne comme une prise de conscience, une désillusion amère en même temps qu’il trace l’infini chemin qui se profile. Il résonna longtemps dans l’exégèse que je lui consacrai. Maintes fois, je butais sur le tronc aride de l’évidence, mais le chaos et l’évènement prenaient mon bras fragile par trop de mots crachés. Et quand je cessai de chercher vérité dans ce vers même, à l’instant où le point d’interrogation suspendit sa cohorte de non-dits, alors seulement je saisis que c’était là l’œuvre du donneur de liberté et non du donneur de leçon. Qu’il n’y avait d’autre enseignement ici que celui qui résonne dans les plis et les creux de nos expériences ; un début de vérité.
Dans la chambre devenue légère et qui peu à peu développait les grands espaces du voyage, le donneur de liberté s’apprêtait à disparaitre, à se confondre avec d’autres naissances, une nouvelle fois.
— René Char, Fureur et Mystère